Ernesto Trotz : Où va le polo ?

Publié le: décembre 15, 2014

Filled Under: Polo Tics par Chris Ashton

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Né en 1956, Ernesto Trotz a développé, dès son enfance, le même amour des chevaux que son père. Mais malgré son statut de fils et petit-fils d’officiers de l’armée, sa famille ne pouvait pas lui garantir une place dans le monde des joueurs de polo. Il appartient à une génération qui, grâce au talent et à l’application, complétés par le soutien de plusieurs patrons successifs davantage qu’à son héritage dynastique a pu atteindre les sommets.

Il a atteint le niveau le plus haut de sa carrière de polo avec La Espadana, en ayant Carlos Gracida et les frères Pieres, Gonzalo et Alfonso comme coéquipiers. Gagnants de l’Open Argentin en 1984 et (avec une équipe de 40 goals) de 1986 à 1990, ils ont remportés une série de trophées dans divers tournois argentins, anglais, français et américains. Trotz a été distingué par la mention spéciale de l’America Cup, offerte par le patron américain Peter B randt et a joué à Greenwich dans le Connecticut trois années consécutives de 1987 à 1989. En réalité, il s’agissait d’un match test non officiel: les Etats-Unis (les frères Gracida , Memo et Carlos, Mike Azzaro et Owen Rinehart) opposés à l’Argentine (Trotz, les frères Pieres et Benjamin Araja). L’Argentine a gagné les trois années.

De 1986 à 1994, il possédait 10 goals de handicap en Argentine. Ayant désormais 8 goals, il joue aux tournois de Buenos Aires (lieux où sont basés les patrons) organisés par Polo Tours en mars-avril, mais a déclaré s’être retiré du circuit international qui l’occupait 4 mois par an chaque année. Sa famille, et il insiste sur ce point, est désormais sa principale préoccupation, avec son estancia près de Santa Rosa dans la province de la Pampa où il élève des poulains de polo, certains à vendre, en plus de s’occuper de son fils Ernesto (“Rulo”) de 19 ans qui a un handicap de 2.

Le père et le grand père d’Ernesto s’appelaient également Ernesto et tous deux jouaient pour des équipes de l’armée dans leur temps, dans le cas de son père avec un handicap 5 au sommet de sa carrière. “Mon père m’a donné tout ce qu’il pouvait et plus encore” dit-il. “Je lui doit tout. Mais je n’avait rien ici alors j’ai commencé à voyager, d’abord aux Etats-Unis, en Australie (au Kerry Packer’s Ellerston Polo Club) et en Angleterre, jouant au polo à l’étranger pour pouvoir ensuite m’établir ici.”

Il ne regrette pas que les patrons du polo aient changé le jeu et il accepte que le polo en Argentine soit différent du reste du monde. “Mais sans patrons, il n’y aurait aucun joueur de polo professionnel” dit-il. “C’est la réalité et, grâce à cette réalité, le polo peut se développer dans le monde entier”.

Et que pense-t-il de l’idée que le polo en tant que sport d’exposition est en déclin ? “Non. Pour moi, tous les sports se développent et s’améliorent. Les gens font énormément pour leur sport et le polo n’est pas une exception. Les patrons investissent beaucoup dans leurs clubs, les gens achètent des chevaux partout. Au cours de ces 15 dernières années, le polo s’est développé de 200% et je pense qu’il se développera encore de 200 ou 300% au cours des 10 années à venir.”

Que dit-il de la voix accusatrice venant de la communauté internationale de polo qui critique le fait que les patrons sont devenus beaucoup trop puissants en comparaison aux associations nationales de polo pour le bien du jeu ? “Au contraire, je suis très étonné que les patrons n’aient pas plus de pouvoir, répond-il, à cause de l’exception bizarre, ils n’essaient pas d’exercer de l’influence sur les associations.”
Il n’accepte pas non plus l’idée que la pression exercée sur les joueurs professionnels pour qu’ils gagnent à n’importe quel prix, ait exacerbé les mauvais comportements. “Il y a toujours eu des problèmes. Il y avait aussi des problèmes quand je jouait à l’Open d’Argentine, aux Etats-Unis et en Europe. Il y a toujours eu des joueurs qui voulaient se concentrer sur le jeu, qui aimaient le polo et voulaient s’améliorer, et d’autres qui voulaient gâcher tout ça. Mais c’est dans la nature humaine.”

Je cite le point faible de l’open d’argentine 2006, El Paraiso contre Indios-chapaleufu II, un match de deux heures et demi dans lequel l’arbitre a sifflé 50 buts de penalty, un record lors d’un open, un match au final réduit essentiellement à un tir de penalty. “De mauvaises choses arrivent, dit-il, moi non plus je ne l’ai pas apprécié, mais si on veut gagner l’Open il faut jouer bien. On ne peut pas jouer salement, et si on joue bien, on offre aux spectateurs un beau jeu. Bien sûr l’arbitrage est important. Des matchs come celui dont vous parlez alertent l’Association de Polo Argentine et ça doit être le cas, mais l’arbitrage s’améliore.”

Il ne peut et ne veut pas tolérer le jeu sale. En 2007, El paraiso l’a invité à être son entraineur pour la haute saison argentine. Conscient de leur fameuse réputation, pas seulement en Argentine mais dans le monde entier dans diverses configurations, il a accepté mais à la condition expresse qu’il démissionnerait si jamais El paraiso dépassait les limites. Sebastian Merlos sanctionné au cours du premier match de l’Open d’Hurlingham suspendu par les arbitres. Trotz a immédiatement démissionné de son propre chef, davantage déçu qu’en colère.

(L’an dernier El Paraiso a été dissoute. L’un des frères Merlos, Juan Ignacio, a rejoint Indios-Chapaleufu 11, alors que Augustin, Sebastian, Santiago Chavanne et Marcos Heguy, ont formé une nouvelle équipe, la Pilara Piaget, pour le plus grand bien du polo de haut niveau en tant que sport de spectacle).

Voila ce qu’il dit des constantes interruptions dans les matchs de polo de haut niveau, lorsque les joueurs changent de chevaux au milieu d’un chukka : “Ce n’est pas la fin du monde, ça arrive depuis 8-10 ans. On a mis en place de nouvelles règles, si quelqu’un veut changer de cheval au milieu d’un jeu, on ne l’attend pas et on ne l’arrête pas. C’est le choix du joueur et ça peut faire perdre un point à l’équipe. On doit laisser à l’arbitre l’autorité pour que le jeu ne soit pas interrompu.”

Quelle est son opinion sur les divergences constantes à propos des règles du polo et leur interprétation même au sein des pays qui jouent le plus au polo : l‘Argentine, la Grande Bretagne, et les Etats-Unis ? La fédération internationale de Polo (FIP) n’a t-elle pas été formée en 1982 pour standardiser les règles du jeu ? “Le Polo a entre 30 et 40 ans de plus que le golf et le tennis. Chaque associations de polo doit être clairement organisée pour que la FIP puisse jouer son rôle. Je pense que ça va se faire mais ça prendra un peu de temps parce que ça a commencé tard. Les associations nationales doivent trouver des solutions à leurs problèmes et pour ça nous avons besoin de professionnels de l’administration plus que de gens offrant des services et le faisant pour l’amour du jeu.

“Les associations de Polo ont commencé à penser aux besoins des spectateurs. Pour moi, la télévision représente quelque chose d’indispensable pour le sport. Si on veut qu’un sport se développe, il faut qu’il passe à la télévision. Je n’ai pas les réponses mais je pense qu’il y a beaucoup de choses que nous devons étudier pour que le polo puisse passer à la télévision. Le futur de ce sport est à la télévision, comme tous les autres sports. C’est son seul moyen de se développer.”

Ecrit par Chris Ashton, correspondant pour Polo Players’ Edition.

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